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Céline Hergott

Echantillon d’humanité en toute humilité

Volontaire: maillon greffé, rouage d’un mécanisme déjà bien huilé, le volontaire donne de son temps et de sa présence, à la satisfaction de ses envies, au service d’une communauté. Le volontaire y met son grain, se glisse entre les mailles d’un système tissé de toute part, à lui de trouver sa place, à part entière, une valeur ajoutée à fructifier, distincte et originale dans son rôle et dans sa fonction. Une définition évasive qui permet une certaine liberté d’action, ni ancrée dans un formalisme de tâches pré-définies, ni soumise à une autorité hiérarchique. La valeur philosophique du travail en tant que mission (…) reprend tout son sens.

Son manque de description détaillée, de visibilité dans les politiques de jeunesse, empêche une description claire et simple de sa place dans la structure, il peut tout faire à la fois, compléter les activités des autres, en trouver d’autres, il s’essaie à tout, il requête, s’informe, enquête, recueille.

Choisir de donner de son temps, vouloir se consacrer à une cause, quel quelle soit, celle des autres, selon des choix personnels.

Choix : le fait qu’une décision devienne personnelle. Le fait de trouver une décision personnelle à prendre et à tenir

Le choix est une denrée rare en milieu professionnel;

Milieu professionnel : milieu où le choix des décisions revient à l’échelon hiérarchique le plus élevé.

S’impliquer dans un engagement sincère, désintéressé de toute ambition arriviste, de toute récompense financière, le mérite se tient à sa propre valeur humaine, et non au seul critère reconnu aujourd’hui, celui d’un nombre à virgules, incertaines trace d’encre qui peuvent entacher toute une vie, à mesure qu’elle se balance, de gauche à droite, d’un chiffre à l’autre.

Etre volontaire, c’est le rester à vie. Une fois qu’on y a goûté, on ne s’en lasse plus. Nombre d’entre eux veulent le rester, car en tant que volontaire, la marge de manoeuvre est paradoxalement plus large. S’offre au volontaire la possibilité de réaliser ce qu’il aime, de produire des actions qu’il aura choisi en concertation avec une équipe, de s’approprier toutes les étapes de son projet comme émanant de ses propres envies.

La fonction du volontaire, variable et modifiable à volonté, peut donc s’étendre, s’élargir, mué par un nouveau souffle, cet élan comparable à celui de l’enfance, quand, investi d’une force nouvelle, le monde nous appartient, et c’est avec lui qu’on veut agir. Puis les années passent, on n’agit plus, l’action appartient aux plus jeunes, on ne fait que réagir, une opinion sur tout, un tout comme opinion, généralisante pensée qui ralentit, freine, stoppe puis paralyse jusqu’à effacer de toute mémoire, le souvenir même lointain d’un sourire rendu pour un service offert.

Le volontaire européen mué par la liberté de mobilité, géographique et professionnelle, se gorge d’expériences nouvelles, de rencontres enrichissantes, découvre les facettes d’un monde humain, auparavant insoupçonné. Il est attendu, accueilli dans un nouveau cadre, à la fois surprenant et original, qui en devient vite familier. Une place lui est déjà destinée, il pourra alors y jouer un rôle différent de celui auquel il a toujours était cantonné.

Prendre en main sa vie, la chercher, ne cesser de la chercher, à l’angle de la rue, au coin d’un carrefour, à l’entrée d’une nouvelle ville, en sens inverse ou tout azimuts. Prendre en main sa vie ou la rattraper aux pas de course. Du vague à l’âme aux ondes de choc, à chaque instant sa secousse, chaque vie sa suspension.

Sa personnalité en formation se nourrit de découvertes permanentes qu’il vit au quotidien, à différents degrés, de l’exceptionnel aux petits riens ordinaires, il acquiert ce don de curiosité, jouir des moindres plaisirs, rechercher l’inattendu, repenser sa vie, se forger un arsenal d’outils et de facultés, propres à l’épanouissement personnel et l’accomplissement professionnel. Sa grille de lecture du monde est enrichie, ses critères et codes de conduite se complètent d’autres dimensions humaines.

Le temps lui est accordé de repenser sa vie et la place qu’il veut y jouer. D’autres perspectives s’ouvrent notamment celle de la liberté de mouvement qui éveille en lui toute une gamme d’opportunités; à peine arrivé, il recherche déjà les moyens de réitérer ce genre d’expérience, de partir une nouvelle fois pour vivre à nouveau ce qu’il n’est pas prêt d’oublier.

“Je me souviens de ce bâtiment derrière le jardin des vestiges, des ruines et du jardin laissé là à l’antique, à l’angle de ce carrefour des plus modernes, laissé là à la volonté des automobilistes de ne pas ralentir pour voir ce jardin resté là à la vue des passants. Puis ce centre d’art, bordé par un café, j’aurai voulu y entrer, j’aurai du répéter ces journées”.

Il nous faut de la volonté, des raisons pour y repenser, un rien pour s’en souvenir. Vivre dans le passé multiple, passer d’une époque à une autre, il y a quelque chose de rassurant, paisible, le passé n’est plus, plus rien ne peut s’y passer. Des anecdotes consolantes, d’autres encore présentes, tiens je m’y revois encore, ce jour dernier qui aurait pu être la veille au soir.

Etre volontaire, c’est se nourrir de souvenirs, de moments partagés encore longtemps après, c’est combattre l’ennui et la solitude, c’est redonner corps et raison aux relations humaines, à la rencontre d’un instant, qui par son caractère interculturel, s’enrichit d’anecdotes croustillantes, de points de vue et de perceptions diverses, sur le monde et les hommes.

La recherche de l’autre, la connaissance de l’autre s’établit de façon naturelle. Un peu réservées au début, les conversations prennent des formes débridées par la suite, s’approprient tous les sujets sans autre volonté que celle de découvrir.

Les grilles de lecture qui définissent l’individu sont variables d’une culture à l’autre, d’un pays à l’autre. L’autre nous apparaît alors selon nos propres critères, notre bagage culturel et sociétal. On ne juge qu’à travers ce qu’on connaît. Il en advient quelques petits malentendus, incompréhensions dus à la méconnaisse de l’autre culture et de ses moyens d’expression, comme le langage, verbal et corporel. Cependant ces petits ratés, qui en réalité n’en sont pas s’ils sont nommés et reconnus, viennent enrichir les discussions qui tourneront autour de la langue (un simple mot décrit, décrypté, autopsié sous toutes ses formes peut enrichir de longues discussions), autour des pratiques culturelles et bien d’autres thèmes. Les sujets sensibles susceptibles de susciter mécontentement et refus dans notre société seront débattus avec moins de formalisme et de rigidité. La religion ou l’immigration en sont des exemples.

Le fait de ne pas appartenir à une même société changent nos codes et nos rapports, nos jugements de valeurs s’en trouvent ébranlés. Les grandes lignes sont souvent les mêmes, issues en majorité de la religion chrétienne, mais nombreux sont les aspects particuliers à telle ou telle culture. Tout en aspirant au même destin, celui d’être heureux, tout en ayant les mêmes préoccupations sur l’avenir, on perçoit le monde et l’autre différemment. La rencontre interculturelle freine les élans de nationalisme, les idées arrêtées et les jugements hâtifs. Ces différences culturelles sont si nombreuses qu’elles ne peuvent être combattues car faisant partie d’un ensemble, elles en sont sa substance vitale; s’en suit une tolérance de fait dans l’acceptation de l’autre et de sa diversité comme repère de notre propre culture. La fierté de notre culture, loin de toute acception nationaliste, peut alors s’afficher dans toute sa splendeur.

Les préjugés et stéréotypes dont nous sommes tous nourris reflètent un rapport à la différence dénaturé, qui se réduit à une image négative et souvent burlesque de l’autre,  perçu, aux premiers abords, comme habitant d’un pays, puis comme membre d’une culture et enfin, si le temps et le hasard nous le permet, comme personne singulière.

La différence nous apparaît marginale, nous préférons l’isoler dans des catégories, des dénominations, pour mieux la soumettre, soumission qui n’a d’utilité qu’en sa faculté de rassurer des peurs communes éveillées par la figure de l’étranger.

Nous en avons peur, mais pourquoi? Du souvenir des invasions barbares? qui se traduisent de nos jours par les débarquements massifs d’immigrés dont les images, pris d’assaut par les médias, insufflent crainte et méfiance au sein de la population sans même y apporter une once de compassion et d’empathie. Nous avons grandi dans la conviction que notre espace doit être défendu, qu’il n’y a pas de place ni de ressources pour tous, Que seuls les plus méritants ont le droit au bonheur. Selon quels critères?

Dans la rencontre interculturelle, tous ces critères, auxquels on se conformait sans distance critique, sont remis en question. D’autres viennent les compléter, les contredire. Toutes ses différences empêchent la proclamation d’un ordre supérieur, d’opinions-vérité, de savoir-faire et savoir-être dominants.

Il n’y a plus de culture dominante, une et unique. Le paradigme actuel réside dans la diversité culturelle qui fait partie de chacun de nous.

Etre volontaire, c’est être prêt à briser toutes ces certitudes, connaître des états troublés qu’amènent les réflexions et prises de conscience vécues lors de telle expérience, c’est accepter de se former à nouveau, c’est oublier tous ces acquis et connaissances qui faisaient la force de sa personnalité, pour en devenir vulnérable, instable mais bien plus ouvert à d’autres vérités. On accepte de s’affaiblir un peu pour construire des fondations plus solides et pérennes.

Etre volontaire, c’est de ne jamais finir de penser, de repenser, ses choix, ses actes, les épreuves de la vie. On balance le tout, le pèse et le sous-pèse, on envisage; des idées longtemps enfouies redeviennent de l’ordre du possible. Des idées nouvelles, des envies anciennes, le tout dans un autre cadre, à choisir.

Etre volontaire, c’est ne plus être seul, dans ses choix atypiques, dans son cheminement qu’on pense hors catégorie, les chemins de vie sont si vastes, à la portée de tous ceux capables de prendre la décision de changer, partir, grandir.

by Céline Hergott, France


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